une goutte d'eau !

une goutte d'eau !
Ah ! que de merveilles scintillent
Lorsque danse une goutte d'eau !
Un ange parfois joue aux billes,
Une étoile tombe au ruisseau.
On ne sait jamais quel manteau
De fée courant dans les jonquilles
On peut coudre avec une aiguille
En rêvant derrière un carreau.

Maurice Carême

# Posté le lundi 26 octobre 2009 19:11

Sabine SICAUD (1913-1928)

Sabine SICAUD   (1913-1928)

Il aura suffi pour dérouter son destin de petite fille heureuse d'une promenade malheureuse sur les bords du Lot et d'une légère blessure.
Celle-ci va s'infecter et la plaie sera envahie par le pire des microbes, l' anaérobie des gangrènes en un temps où il n'y avait aucun moyen de lutter contre ce genre d'infection. La gangrène allait envahir la jambe de Sabine, occasionnant des douleurs atroces en décomposant ses tissus, puis des poussées de septicémie s'attaqueront à tout son corps qui s'épuisait contre la fièvre dans une lutte sans espoir.

C'est contre ce destin tragique que Sabine, à 14 ans, allait chercher son seul recours dans la passion de vivre et dans la poésie. Elle passera par tous les sentiments, depuis la révolte violente qui la fera hurler des jours et des nuits, révolte quasi métaphysique qui faisait dire à Anna de Noailles que cet enfant inconnu avait une voix d'une puissance inégalée dans nos lettres*. Tandis que le critique Robert Sabatier , découvrant les poèmes de Sabine vingt ans après cette mort qui l'avait enfin délivrée de son calvaire n'hésitait pas à écrire dans son anthologie des poètes du vingtième siècle que cet enfant de 15 ans n'était pas une gosse surdouée, ou quelque phénomène des lettres mais que son inspiration, puisée au plus profond de la souffrance physique et morale surmontées grâce à l'écriture la plaçait parmi les grands noms de notre littérature.
Je n'ai pas la prétention de me prononcer sur ce jugement qui peut paraître tenir du sensationnel, simplement parce que je ne le partage pas.

On n' entre pas dans la lecture des textes de Sabine comme en un haut lieu littéraire mais comme en un de ces moment exceptionnels de la grande spiritualité. L'extrême souffrance portée, ennoblie en lutte pour la vie, une espérance jamais abandonnée, un amour de la condition humaine dans ce qu'elle peut avoir de pire restent universels. , Elle pourrait être notre condition un jour où l'autre et cela fut sans doute celle de certains enfants innocents soumis à la torture et qui ont regardé leurs bourreaux et la mort dans les yeux.

Sabine entra autant en révolte contre cette pitié qui l'accablait et que jamais elle n'a demandée, que contre ces médecins qui ne pouvaient que lui mentir sans cesse. Elle aurait vécu maintenant il est probable qu'elle aurait guéri et qu'en tout cas on aurait tout fait pour qu'elle ne meure pas en souffrant pendant des mois comme une bête. Elle ne nous aurait pas laissé, c'est vrai, ce qui est sans doute parmi les plus beaux textes humains sur la souffrance et l'imbécillité d'une mort d'enfant, On n'aurait pas non plus ses poèmes d'un grand amour rêvé, mais n'est-ce pas trop cher payé ?

Douleur, je vous déteste
poème écrit pour protester contre celui de la Comtesse Anna de Noailles intitulé : "L'honneur de souffrir"


# Posté le vendredi 18 septembre 2009 15:30

Quand je serai guérie...

Quand je serai guérie...
Filliou*, quand je serai guérie,
Je ne veux voir que des choses très belles...

De somptueuses fleurs, toujours fleuries ;
Des paysages qui toujours se renouvellent,
Des couchers de soleil miraculeux, des villes
Pleines de palais blancs, de ponts, de campaniles
Et de lumières scintillantes... Des visages
Très beaux, très gais ; des danses
Comme dans ces ballets auxquels je pense,
Interprétés par Jean Borlin. Je veux des plages
Au décor de féerie,
Avec des étrangers sportifs aux noms de princes,
Des étrangères en souliers de pierreries
Et de splendides chiens neigeux aux jambes minces.

Je veux, frôlés de Rolls silencieuses,
De longs trottoirs de velours blond. Terrasses,
Orchestres bourdonnant de musiques heureuses...
Vois-tu, Filliou, le Carnaval qui passe ?
La Riviera débordante de roses ?
J'ai besoin de ne voir un instant que ces choses
Quand je serai guérie !

J'aurai ce châle aux éclatantes broderies
Qui fait songer aux courses espagnoles,
Des cheveux courts en auréole
Comme Maë Murray, des yeux qui rient,
Un teint de cuivre et l'air, non pas d'être guérie,
Mais de n'avoir jamais connu de maladie !

J'aurai tous les parfums, " les plus rares qui soient ",
Une chambre moderne aux nuances hardies,
Une piscine rouge et des coussins de soie
Un peu cubistes. J'ai besoin de fantaisie...

J'ai besoin de sorbets et de liqueurs glacées,
De fruits craquants, de raisins doux, d'amandes fraîches.
Peut-être d'ambroisie...
Ou simplement de mordre au coeur neuf d'une pêche ?

J'ai besoin d'oublier tant de sombres pensées,
Tant de bols de tisane et d'heures accablantes !
Il me faudra, vois-tu, des choses si vivantes
Et si belles, Filliou... si belles - ou si gaies !

Nul ne sait à quel point nous sommes fatiguées,
Toutes deux, de ce gris de la tapisserie,
De l'armoire immobile et de ces noires baies
Que le laurier nous tend derrière la fenêtre.

Tant de voyages, dis, de pays à connaître,
De choses qu'on rêvait, qui pourront être
Quand je serai guérie...


(*) petit nom que l'auteur donnait à sa mère.

Sabine SICAUD (1913-1928)
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# Posté le vendredi 18 septembre 2009 15:12

la souffrance et la joie....

la souffrance et la joie....
Comment mesurer la souffrance et la joie ?
Peut-on comparer le poids d'une larme au poids d'une goutte de sang ?

Simone de Beauvoir ....

# Posté le mardi 01 septembre 2009 20:56

La maison d'Irlande.....

# Posté le mardi 11 août 2009 16:26

Modifié le mardi 11 août 2009 17:15